Drôle de
personnage que ce Samuel Eto'o. Reconnu par tous comme l'un des plus grands
attaquants de son temps, brillantissime cette année avec son club, le FC
Barcelone, et leader incontesté du classement des buteurs en Liga (19 buts),
l'enfant de Douala pâtit toutefois d'une réputation sulfureuse dans le monde du
football. En témoigne, son dernier accrochage avec son entraîneur.
Lorsqu'ils
l'ont vu débarquer jeudi à la Ciudad Deportiva Joan Gamper, centre
d'entraînement flambant neuf du FC Barcelone, Henry, Messi, Iniesta et
compagnie se sont payé une franche partie de rigolade en voyant Samuel Eto'o
fils se pavaner en arborant sa nouvelle coiffure « à l'Iroquoise ». Même Pep
Guardiola était hilare... Une ambiance de kermesse donc, qui contraste
fortement avec le climat délétère observé la semaine passée.
En effet, la veille du quart de finale aller de Coupe du Roi face à l'Espanyol
(0-0) et quatre jours avant la réception de Numancia au Nou Camp, une
altercation cinglante avait opposé le technicien blaugrana au Camerounais ;
altercation ayant pour origine un exercice foncier que le buteur du Barça
n'aurait pas effectué avec l'application requise. Insensible aux remontrances
de son coach, connu pour son intransigeance, Eto'o se serait vu renvoyer fissa
aux vestiaires avec en prime un échange de doux noms oiseaux entre les deux
protagonistes. Dans un article paru peu avant la trêve hivernale, le quotidien
sportif espagnol AS se demandait: Eto'o s'est-il calmé ? Au début
de la saison, tout du moins, tout le laissait présager...
L'amende honorable de l'été
Soumis au devoir de pondération suite au coup de tête qu'il avait asséné au
journaliste Philippe Boney, en marge d'un rassemblement avec sa sélection
nationale en mai dernier, l'ancien attaquant de Majorque avait promis, devant
les caméras de télévision, de tempérer ses ardeurs et de limiter les frasques.
A l'été 2008, Eto'o ne déroge pas à sa parole. Alors que Pep Guardiola,
fraîchement nommé à la tête du Barça, annonce dans les médias qu'il ne compte
pas forcément sur lui, en affichant ostensiblement sa préférence pour un
replacement de Thierry Henry dans l'axe ou pour une arrivée d'Emanuel Adebayor
en Catalogne, le triple Ballon d'Or Africain ne bronche pas. Après plusieurs
faux-départs à l'AC Milan, à Chelsea et même en Ouzbekistan, l'ancienne vigie
de l'entre jeu barcelonais cèdera finalement devant la pression des socios et
du président Laporta.
Qui es-tu Samuel Eto'o ?
Le Lion indomptable n'aura finalement tenu que sept mois avant que son naturel
tempétueux ne revienne au galop. Même si l'empoignade avec son entraîneur
s'apparente de plus en plus à un à non-évènement, au regard de sa
titularisation et de son but face à Numancia samedi, elle aura eu le mérite de
rappeler que, quoi qu'il advienne, on ne se change pas. Derrière l'appel à
l'apaisement du président et les discours de façade de Guardiola, il semble
bien que personne ne puisse avoir prise sur l'actuel Pichichi de la Liga.
Aujourd'hui une question reste en suspend. Qui est vraiment Samuel Eto'o ? Un
buteur hors norme, ambassadeur pour l'UNICEF et bienfaiteur de nombreux
villages de son Cameroun natal, ou un personnage changeant, sorte de Docteur
Jekyll et Mister Hyde, capable de sautes d'humeur d'une arrogance et d'une
violence sans nom ? "Vous ne me connaissez pas, seuls mes proches me
connaissent vraiment", avait-il rétorqué aux journalistes espagnols
qui l'interrogeaient sur les raisons de sa brouille avec Ronaldinho en 2007.
Egaler Stoïkhov dès dimanche?
Une chose est sûre, le bonhomme a du caractère. Si pour beaucoup, Samuel Eto'o
rime avec super ego, l'itinéraire sinueux du Lion indompté, passé du statut de
sans papier à celui d'icône nationale en quinze ans, explique en partie son
outrecuidance. Car, celui qui dut, à l'adolescence, lutter contre le Noma -
cette gangrène foudroyante qui se développe dans la bouche et ravage les tissus
du visage - n'a pas vraiment eu l'itinéraire d'un enfant gâté. Sa réussite il
ne l'a doit qu'à lui-même, qu'à son abnégation et cela, il ne laisse à personne
le soin de le lui enlever...
C'est pour cela que, contre vents et marées, il continuera de bomber le torse
et de vociférer, d'ironiser sur le Real Madrid et de décrier le jury du ballon
d'Or. Personne ne peut pas promettre qu'il ne répondra plus à ses détracteurs
par les poings mais on peut être sûr qu'il les fera taire sur le terrain.
Dimanche dans "le Sardinier" de Santander, à l'occasion de la 21e
journée de Liga , le goleador du Barça peut définitivement entrer au Panthéon
du club blaugrana. S'il venait à s'offrir un doublé, le Camerounais égalerait
les 117 buts de Hristo Stoichkov, troisième meilleur buteur de l'ère moderne
sous le maillot catalan.
Sports.fr,
01.02.09
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